Française des Jeux : les dangers d’une privatisation

Intervention du député juanico sur la privatisation de la fdj

Je suis intervenu, mercredi 4 avril 2018, en séance publique, lors des Questions sur le programme de privatisations du Gouvernement, pour poser une question au Ministre de l’Economie Bruno le Maire, sur la privatisation de la Française des Jeux.

Monsieur le Ministre,

Ici même, le 21 février dernier, j’alertai le Ministre des Comptes publics Gérald Darmanin sur les risques d’une privatisation de la Française des Jeux.

Ce secteur d’activité nécessite une régulation puissante et cohérente pour des raisons de santé publique, d’ordre public, de lutte contre la fraude et de protection de nos concitoyens contre les risques de dépendance.

La FdJ n’est pas une entreprise comme les autres, le jeu n’est pas une marchandise comme les autres.

Selon l’Observatoire des Jeux, les jeux de la FdJ -ce qui est logique au regard de son poids majeur dans ce secteur- génèrent 60% du problème de jeu problématique en France. On peut estimer à 900 millions d’euros les seuls coûts directs sur le budget de l’Etat et à 8 Milliards 700 Millions d’euros l’ensemble des coûts économiques et sociaux.

Christophe Blanchard-Dignac, ancien Président de la FDJ, estimait qu’il était parfois difficile d’arbitrer entre les résultats de l’entreprise et la responsabilité sociale de l’entreprise. C’est cette responsabilité qui l’avait conduit à supprimer le jeu Rapido, considéré comme trop addictif, en 2014.

Qu’en sera-t-il avec un actionnariat privé ? Que pèsera la défense du jeu responsable par les dirigeants de la FdJ face à la tentation des actionnaires de maximiser leurs dividendes ?

Intervention du député juanico sur la privatisation de la fdj

L’autre inquiétude, Monsieur le Ministre, porte sur le financement du sport.

La FdJ est le 1er contributeur du sport pour tous dans notre pays : un effort à hauteur de 80% des ressources financières du Centre National de Développement du Sport, l’an dernier, via les prélèvements sur ses jeux de loterie, de grattage et de paris sportif.

Mais, ces taxes affectées ont été ramenées pour la seule FdJ de 210 millions d’euros en 2017 à 93 millions d’euros en 2018. Faut-il voir dans ce « coup de rabot » de moitié, sans précédent de la part de Bercy, une première étape du désengagement de la FdJ dans le financement du sport ?

Qu’en sera-t-il, monsieur le Ministre, de ces missions d’intérêt général pour un actionnaire privé ?

La prévention et le respect de l’interdiction du jeu des mineurs, la lutte contre les addictions, la lutte contre le blanchiment d’argent sale : toutes ces missions d’intérêt public de la FdJ ne doivent pas être bradées !

Réponse de Bruno LE MAIRE, ministre,

Les jeux resteront un monopole. Il n’est pas question de revenir sur ce principe du monopole. L’idée d’ouvrir à une concurrence illimitée, parce que nous privatiserions la Française des Jeux, ça n’est pas la logique de la cession que nous voulons faire.

Ça restera un monopole pour éviter un développement excessif des jeux en France : jeux de grattage, loto, paris sportifs, tout cela restera de l’ordre du monopole.

Une régulation s’appliquera, et je souhaite – nous en avons parlé longuement avec Gérald DARMANIN, qui a autorité sur la Française des jeux – qu’une autorité de régulation puisse être mise en place parce qu’il s’agit de jeux, il y a un risque d’addiction que je reconnais parfaitement et que je ne souhaite pas voir se développer en France, il y aura donc une autorité de régulation qui appliquera ses contrôles à l’ensemble de ces jeux pour éviter qu’une addiction puisse se développer, et tous ces contrôles s’inscrivent exactement dans la même perspective : avoir une régulation forte, cohérente, et s’agissant de la Française des jeux, une régulation réinventée qui permette de garantir le maintien du contrôle de l’Etat, même lorsqu’il cède ses actifs.

Donc soyez rassuré sur ce sujet-là : je vous annonce que nous mettrons cette autorité de régulation qui permettra de garantir qu’il n’y a pas de développement de l’addiction aux jeux dans le cadre de cette opération.

Privatisation d’ADP et de la FDJ : l’Etat conservera sa « capacité de contrôle »

Le ministre des finances a été interrogé sur le projet de l’exécutif. Le gouvernement a annoncé au moins 10 milliards d’euros de cessions de titres au cours du quinquennat.

Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, a assuré mercredi 4 avril que l’Etat conserverait le contrôle de ses actifs stratégiques malgré les privatisations d’Aéroports de Paris (ADP) et de la Française des jeux (FDJ). Il a ainsi expliqué, lors d’une séance de questions à l’Assemblée nationale sur le programme de privatisations du gouvernement : Lire la suite